Femmes de la #LostGen et gestion du diagnostic tardif : des championnes bien entraînées par le patriarcat

Nous, les femmes de la #lostgen, sommes en définitive assez bien préparées à découvrir que nous sommes autistes et à affronter la phase post-diag. Enfants des années 80, ados des années 90, jeunes femmes des années 2000 et parfois mères dans la foulée, nous avons sans le savoir reçu tout l’équipement nécessaire pour faire face à un diagnostic très tardif.

Je dirais même que le timing du late-late-diag est impeccable, puisqu’il survient à ce moment de notre vie où nous en terminons tout juste avec l’impitoyable négociation qui a mobilisé et épuisé nos ressources durant les 40 dernières années.

Ironique, moi ? Oui, très. Mais réaliste.

Regardons les choses en face. J’ai été môme dans les années 80, ce qui m’a permis d’aborder l’adolescence avec deux certitudes précieuses : on ne met jamais trop de fard à paupières à condition qu’il soit irisé, et on a le droit de prendre la pilule si on veut baiser sans tomber enceinte.

Dans le même registre, j’ai vite pigé que si j’acceptais de prétendre que j’avais honte, de passer pour une salope en chaleur et d’être taxée d’irresponsabilité par le corps médical tout puissant, je pourrais même aller me faire avorter si besoin, discrètement mais légalement.

J’ai compris avant même d’entrer dans la vie active que j’étais aussi intelligente que n’importe quel homme, même si dès l’école maternelle mon temps de parole, l’espace dans la cour de récré et mon droit à exister avaient soigneusement été divisés par 4 ou 5. J’avais par conséquent bien intégré que pour gagner une demi-chaise à la table des brochettes de couilles dont allait dépendre ma place dans la société, il me faudrait compenser avec une subtile malice la valorisation de mes compétences par celle, plus stratégique, de mes seins. Histoire de mettre en avant le fait que je savais rester une vraie femme et que je ne représentais aucun danger pour ces messieurs, si ouverts d’esprit et si modernes.

J’ai appris les bonnes techniques pour tailler une pipe, grâce aux copines et à la sacro-sainte presse féminine, cette chienne servile des annonceurs. J’ai vite compris comment séduire un homme sans lui faire peur, comment être sexy sans faire pute, comment « pimenter » mon couple pour ne pas être coupable des futures infidélités de mon mec, comment me forcer à faire l’amour pour rester dans une norme acceptable, comment simuler correctement un orgasme en me faisant à l’idée que la façon dont moi j’aurais bien aimé jouir ne comptait pas tellement, tant que mon couple « marchait », et j’ai trouvé le temps de rester bien épilée tout en révisant mes cours de droit international privé, et donc comment bien relever mes cuisses en retenant mes larmes de douleur pendant que l’esthéticienne fignolait mon ticket de métro.

J’ai appris comment réussir la sauce de mon sauté de veau tout en maîtrisant le gras de mon cul, et pour ça il fallait aller courir à des heures où aucun être humain raisonnable ne souhaiterait être ailleurs que dans son lit, en veillant à ne pas oublier que si j’étais violée et égorgée sur mon parcours de footing, ce serait ma faute. J’ai su choisir la longueur de mes jupes pour envoyer le bon message en entretien d’embauche, à savoir que non, Jean-Michel Manager, je ne te sucerai jamais pour une augmentation parce que le MLF est passé par là mais rassure-toi, je porterai chaque jour le costume de la femme émancipée dont tu n’auras pourtant rien à craindre, parce que je sais être jolie pour agrémenter ton paysage. Le claquement de mes talons te préviendra de mon arrivée, pour que tu puisses me trouver sympa auprès de tes collègues et dire que les nouvelles féministes sont vraiment chouettes en fait, pas comme ces extrémistes que tu détestes pour la seule raison qu’elles ne voudront jamais coucher avec toi.

J’ai su rire du plafond de verre, poser ma voix pour que ma colère ne soit pas taxée d’hystérie et j’ai encaissé mes 25% de salaire en moins, mes trimestres de retraite non cotisés et les freins à ma carrière comme étant la facture acceptable de ma participation à la démographie française.

J’ai su me marier en croyant rester entière, j’ai su enfanter en cachant mes post-partum de merde, j’ai su cumuler trois journées en une tout en remerciant mon mari « pour son aide », j’ai su être mère en restant femme et épouse, j’ai réussi à m’enfermer discrètement dans la salle de bains pour pleurer dans une serviette sans que ma famille ne m’entende, et j’ai su me remaquiller pour dissimuler mes yeux rougis par les larmes, que je versais bien trop souvent en pensant à cette vie qu’on m’avait promise et dont je ne voyais pas la trace en dépit de tous mes efforts, de l’épuisement progressif de mes forces vives, de mes renoncements, de mes sacrifices et de mon abnégation.

Alors franchement, n’allez pas me dire que je n’étais pas prête pour le diagnostic de l’autisme. J’étais plus que prête, j’étais surentraînée ! Être une femme autiste à 50 ans, ce n’est jamais que le deuxième round d’un combat dont je connais déjà les règles. Et comme dans le premier round, l’arbitre du match est un vendu.

Ne pas pouvoir parler librement, devoir composer, y aller mollo, ne pas réussir à faire entendre mes besoins, ne pas être vue comme légitime, ne plus savoir qui je suis, me battre pour mes droits, amadouer ceux qui peuvent m’accorder ou me refuser certains d’entre eux, préserver l’entourage, être toujours considérée comme trop ou pas assez, inadéquate en toute situation, ignorée ou mal vue par une société qui ne veut pas de moi, qui ne me comprend pas, qui me qualifie de casse-couilles quand je ne demande qu’à être une égale, et qui persiste à croire que ce que je suis est une mode et que comme toutes les modes, je disparaîtrai avant que qui que ce soit ait été obligé de considérer mon existence, vraiment, tout cela n’a rien de nouveau pour moi.

Sauf que. Le masque que j’ai porté pour le premier round, il y a belle lurette que je l’ai arraché. Alors il n’est pas question que j’accepte, ne serait-ce qu’une heure de plus dans ma vie, de porter cet autre masque si douloureux, dont je n’ai compris l’origine et les implications qu’au moment du diagnostic.

Ce n’est pas parce que je suis bien entraînée que je dois accepter de remonter sur le ring pour encaisser d’autres coups et rejouer un combat dont je n’ai fixé ni les règles ni la durée. J’ai raccroché les gants. Et si je dois les enfiler à nouveau, ce sera pour coller mon poing dans la gueule de l’arbitre et des juges.

Mon féminisme a depuis longtemps refusé l’égalité aux normes masculines. Mon autisme, lui, refuse tout fonctionnement aux normes validistes.

I’m coming out – Diana Ross

I’m coming out
I’m coming
I’m coming out
I’m coming out
I’m coming out

I’m coming out
I want the world to know
Got to let it show
I’m coming out
I want the world to know
I got to let it show

There’s a new me coming out
And I just had to live
And I wanna give
I’m completely positive
I think this time around
I am gonna do it
Like you never knew it
Ooh, I’ll make it through

The time has come for me
To break out of this shell
I have to shout
That I am coming out

I’m coming out
I want the world to know
I got to let it show
I’m coming
I’m (coming out) coming
(I want the world to know)
(I got to let it show)

I’ve got to show the world
All that I wanna be
And all my abillities
There’s so much more to me
Somehow, I have to make them
Just understand
I got it well in hand
And, oh, how I’ve planned
I’m spreadin’ love
There is no need to fear
And I just feel so good
Everytime I hear

I’m coming out
Coming
(I want the world to know)
(I got to let it show)
I’m coming out
I want the world to know
I got to let it show

I’m coming out
I want the world to know
Got to let it show

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